Le poids de la culture québécoise sur le web

Par Serge-André Guay, président, Fondation littéraire Fleur de Lys et
auteur d’un mémoire soumis sous le même titre à Hélène David, ministre
de la Culture et des Communications

Sur le web, la culture québécoise ne fait pas le poids face à la
concurrence. Le diagnostic fut posé dès 2011 par la Société de
développement des entreprises culturelles (SODEC) dans son rapport
«Porte grande ouverte sur le numérique». Le remède fut prescrit par le
ministère de la Culture et des Communications en 2014 par l’adoption
de la Stratégie culturelle numérique sous le thème «Pour occuper
l’espace numérique» accompagné d’un budget de 110 millions de dollars
réparti sur sept ans. «La première orientation, “Enrichir l’offre de
contenus culturels numériques˝, consiste à générer une masse critique
de contenus existants, nouveaux et expérimentaux pour assurer une
présence accrue sur tous les canaux.» peut-on lire dans le plan. Or, à
ce jour, le milieu culturel a fait preuve de fort peu d’expertise pour
donner du poids à ses contenus numériques. Certes, l’ajout de pareil
contenu augmente un tant soit peu la masse critique de notre culture
sur le web. Mais c’est d’abord et avant tout son référencement aux
internautes par les moteurs de recherche qui lui donne tout son poids.
Dans le monde virtuel du web, c’est le nombre élevé de liens vers un
contenu donné, repérés par les moteurs de recherche qui lui assure une
masse critique. Il faut donc aborder le contenu numérique différemment
que dans le monde physique de briques et de mortier où le nombre
garantit automatiquement la visibilité en magasins.

culture quebecquoise ddu numérique

La stratégie numérique mise en place au Québec

Prenons l’exemple de la littérature. Sur le web, le livre n’est qu’une
annonce de lui-même. La masse critique d’un titre ne repose plus sur
le nombre d’exemplaires sur les tablettes en librairies. L’annonce du
titre importe davantage que le titre lui-même sur le web. Il faut donc
que cette annonce soit la plus complète et la plus pertinente
possible. Il suffit de visiter les sites web de nos éditeurs pour
constater qu’une majorité d’entre eux limitent l’annonce de leurs
titres à la plus simple expression. Aussi, sur le web, l’éditeur ne
peut pas agir comme dans la chaîne traditionnelle du livre,
c’est-à-dire confier la promotion de ses titres en librairies à son
distributeur/diffuseur. Dans le monde virtuel, l’éditeur se retrouve
dans le rôle du diffuseur qu’il le veuille ou non, et ce, de par sa
seule présence sur le réseau avec son site web. L’annonce de chacun de
ses titres doit être généreuse en donnant le maximum d’informations
aux lecteurs potentiels.

De plus, un nouvel intermédiaire s’impose à la chaîne du livre une
fois sur le web : les moteurs de recherche (dont le plus célèbre,
Google). Sur le web, l’internaute ne questionne pas directement les
sites web mais les moteurs de recherche. Et pour être référé aux
lecteurs potentiels par ces moteurs de recherche, il faut en respecter
les normes. Une tournée des sites web de nos éditeurs nous force à
conclure que peu d’entre eux répondent aux exigences des moteurs de
recherche. Bon nombre de sites d’éditeurs ne comprennent pas un titre
et une description appropriés à intégrer dans le code de la page web.
Elle passe ainsi sous le radar des moteurs de recherche et elle n’est
pas recommandée aux internautes.

Pour les moteurs de recherche, plus il y a de liens qui conduisent à
une page web donnée, plus cette dernière sera populaire dans les
résultats affichés aux internautes. Or, d’une part et c’est bien
connu, le milieu québécois du livre travaille en silos, sans
multiplier les liens vers les uns et les autres et ainsi attirer
davantage l’attention des moteurs de recherche. Et d’autre part, les
éditeurs négligent le réseautage avec le web littéraire des
internautes, ce qui résulte en des liens en moins vers leurs sites web.

Dans ce contexte, la Stratégie numérique culturelle du Québec
atteindra difficilement son objectif sans imposer aux différents
intervenants subventionnés un cahier de charges précisant les éléments
composant les contenus et les normes à suivre pour un référencement
maximum par les moteurs de recherche.

Télécharger le mémoire :
https://fondationlitterairefleurdelys.wordpress.com/2015/02/06/la-fondation-litteraire-fleur-de-lys-depose-un-memoire-au-sujet-de-la-strategie-culturelle-numerique/

A propos de l’auteur :

Serge-André Guay, président éditeur
Fondation littéraire Fleur de Lys
serge-andre-guay@manuscritdepot.com
Téléphone : 418-903-5148
31, rue St-Joseph, Lévis, Québec. G6V 1A8